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AFRIQUE: Le Portrait d’un homme Unique et Exceptionnel: Nelson Mandela

La mort jeudi de Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud et icône de la lutte contre l’injustice, a suscité une vague immédiate d’émotion à travers le monde et un afflux d’hommages sans précédent, à la hauteur de cette personnalité hors du commun, unique et exceptionnel.

Neslon Mandela, le premier president noir Sud Africain, le pére de la reconciliation, icon mondial, affectueusement nommé: ''Madiba''

Neslon Mandela, le premier president noir Sud Africain, le pére de la reconciliation, icon mondial, affectueusement nommé:  »Madiba »

Aucun chef d’Etat, résistant politique, prix Nobel ou prisonnier de conscience n’avait encore provoqué, à sa mort, un tel déferlement de marques d’émotion et de respect provenant des quatre coins de la planète. En ce moment trés émotionnel pour les sud-Africains, en particulier, et toute l’Afrique en génerale, je me permet de rétracer le portrait d’un homme unique et exceptionnel que le continent noir vient de perdre  douloureusement.

Nelson Mandela Portrait

Né le 18 juillet 1918 dans le petit village de Mvezo, dans le Transkei (sud-est) au sein du clan royal des Thembus, de l’ethnie xhosa, le futur leader de la rébellion noire est prénommé par son père Rolihlahla: « Celui par qui les problèmes arrivent ».

C’est son institutrice, conformément à la pratique de l’époque, qui lui attribue arbitrairement le prénom de Nelson, à son entrée à l’école primaire.

Rebelle précoce, le jeune Nelson commence sa vie par deux ruptures: étudiant, il est exclu de l’université de Fort Hare (sud) après un conflit avec la direction. Peu après, il fuit sa famille, à 22 ans, pour échapper à un mariage arrangé.

Et débarque, plein d’espoir, à Johannesburg la tumultueuse.

C’est là, dans cette gigantesque, dangereuse mais excitante métropole minière, que le bouillant jeune homme prend la pleine mesure de la ségrégation raciale qui segmente sa société. C’est là aussi qu’il rencontre Walter Sisulu, qui va devenir son mentor et plus proche ami. Et lui ouvrir la porte de l’ANC.

Peu à peu se forge une conscience politique et un goût pour le militantisme qui vont l’éloigner de sa première épouse, Evelyn, et le jeter dans les bras d’une pétillante infirmière de 21 ans: Winnie.

Mandela, dont la vie fut accaparée par la lutte politique, n’a jamais réussi à mener une vie familiale « normale ». Mais, charmeur et facilement charmé, il rechercha toujours la compagnie des femmes, comme en témoignent maintes idylles et trois mariages.

Il eut six enfants de ses deux premières unions, deux filles et deux garçons avec Evelyn, deux filles avec Winnie. Trois filles lui survivent, ainsi que dix-sept petits-enfants et douze arrière-petits-enfants.

Divorcé de Winnie, il s’était marié une troisième fois en 1998, le jour de ses 80 ans, avec Graça Machel, veuve de l’ancien président mozambicain Samora Machel, prononçant des mots touchants sur la grâce de tomber amoureux.

Avec Walter Sisulu, Oliver Tambo et d’autres jeunes loups, il prend rapidement les rênes du parti, pour porter la lutte contre le régime blanc, qui a « inventé » en 1948 le concept d’apartheid: le « développement séparé des races ».

Après le semi-échec de campagnes de mobilisation non violentes, inspirées des méthodes du Mahatma Gandhi, l’ANC est interdit en 1960. Mandela, arrêté à plusieurs reprises, passe à la clandestinité, et décide d’engager le mouvement sur la voie de la lutte armée.

Capturé, il est emprisonné en 1962. Et bientôt envoyé au bagne terrible de Robben Island, au large du Cap. Pendant des années, sous un soleil de plomb, dans une poussière qui va endommager ses poumons à jamais, il casse des cailloux. Sans jamais s’avilir.

Au contraire, il cherche à pénétrer l’âme de ses ennemis. En apprenant leur langue, l’afrikaans. En s’efforçant de comprendre et d’aimer leurs plus grands poètes.

Sa lutte contre  » l’Apartheid »

L’apartheid, dont Nelson Mandela a contribué à précipiter la chute, était une doctrine visant à imposer à tous les niveaux de la société une stricte ségrégation raciale, qui a durablement marqué l’Afrique du Sud.

La politique d’apartheid –littéralement le fait de mettre les choses à part en afrikaans, terme généralement traduit par « développement séparé »– a été systématisée après la victoire du Parti national aux élections de 1948.

L’image qui restera est sans doute celle des panneaux réservant aux Blancs restaurants, guichets de poste, toilettes, bancs publics ou plages.

Mais le pays s’était déjà employé à séparer les races depuis que les premiers colons hollandais ont planté une haie d’amandiers pour protéger l’établissement du Cap des indigènes au XVIIe siècle.

Les Hottentots ont été obligés de se munir d’un permis spécial pour se déplacer dès 1797, et une ville comme Johannesburg a relégué dès sa fondation en 1886 ses habitants de couleur dans des quartiers périphériques.

Gandhi, qui a passé plus de vingt ans en Afrique du Sud, en a fait l’expérience lorsqu’il a été expulsé d’un wagon de 1ère classe réservé aux Blancs à son arrivée en 1893.

Ignorant la majorité noire du pays, l’Afrique du Sud contemporaine est née « entre Blancs » en 1910, de l’union des maîtres du pays anglais et des Afrikaners (ou Boers), les descendants des colons hollandais.

Des Noirs ont réagi en fondant le Congrès national africain (ANC), le parti dont Nelson Mandela prendra ultérieurement la tête. Mais ils n’ont pu éviter l’adoption de toute une série de lois renforçant la ségrégation dans les années 1910 et 1920: interdiction aux Noirs d’acheter la terre hors de réserves pauvres et étriquées, interdiction de pratiquer certaines professions qualifiées…

Le processus sera systématisé avec la victoire en 1948 du Parti national, un mouvement ouvertement raciste qui veut protéger les intérêts afrikaners face à un « péril noir » rapidement amalgamé au « péril rouge » (communiste) dans un contexte de guerre froide, ce qui lui vaudra la sympathie de l’Occident alors que le reste de l’Afrique prenait la voie d’une décolonisation souvent socialisante.

L’arsenal mis en place par les nouveaux dirigeants du pays, influencés par l’idéologie nazie et convaincus d’être élus de Dieu, va rapidement affecter tous les Sud-Africains jusque dans leur chambre à coucher.

Un premier texte interdit les mariages interraciaux (1949), puis les relations sexuelles entre personnes de races différentes (1950).

Le système repose sur une loi dite d’enregistrement de la population (Population Registration Act, 1950), qui étiquette les habitants selon quatre couleurs de peau appelée « races » –Blancs, Indiens, métis et Noirs–, déterminant ainsi toute leur existence, de la maternité au cimetière.

Une loi sur l’habitat séparé (Group Areas Act, 1950) institutionnalise la ségrégation spatiale, chaque morceau de ville étant réservé à telle ou telle race.

Des quartiers entiers, comme Sophiatown à Johannesburg ou District Six au Cap, ont ainsi été rasés, tandis que les populations de couleur étaient reléguées le plus loin possible dans des « townships », cités dortoirs sans âme.

Quelque 3,5 millions de personnes ont été expulsées de force par l’apartheid, leur quartier ou leur ferme étant attribué aux Blancs.

Ces townships ne devaient offrir qu’un hébergement temporaires aux Noirs. Car non contents d’être citoyens de seconde zone, ceux-ci avaient vocation à devenir étrangers dans leur propre pays, pour prendre la nationalité d’un « homeland » –ou bantoustan–, territoire réservé à leur ethnie. Ces « Etats » au découpage territorial fantaisiste n’ont jamais été reconnus par la communauté internationale.

Les Noirs devaient en permanence porter sur eux un « pass » prouvant qu’ils avaient bien un emploi en zone blanche. Et ils n’avaient droit qu’à une « éducation bantoue » sommaire, jugée suffisante pour les emplois non qualifiés auxquels ils pouvaient prétendre.

Reste que les autorités blanches n’ont jamais réussi à concilier leur envie de se débarrasser des Noirs et leur dépendance envers la main d’oeuvre bon marché qu’ils représentaient.

Soulèvement des populations noires mené par l’ANC, pression de la communauté internationale –qui a peu à peu isolé l’Afrique du Sud– et difficultés économiques ont poussé Pretoria à abolir les lois racistes l’une après l’autre à partir des années 1980. L’apartheid a vraiment disparu avec les élections multiraciales de 1994, et l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela.

Mais les anciennes lignes de partage sont toujours bien visibles dans le quotidien des Sud-Africains, et la référence aux races reste constante.

Sa sortie du prison

« Je savais parfaitement », note-t-il, « que l’oppresseur doit être libéré tout comme l’opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés (…) Quand j’ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission: libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur ».

Vingt-sept ans plus tard, en 1990, le voilà libre. Ni brisé, ni amer. Et c’est en homme libre qu’il négocie pied à pied avec le régime à bout de souffle l’organisation d’élections enfin universelles et démocratiques.

Triomphalement élu président en 1994, il prône la réconciliation entre les races. Le film « Invictus » retrace l’épisode, glorieux, où l’on voit « Madiba » utiliser l’équipe nationale de rugby, symbole de la puissance blanche afrikaner, pour souder Noirs et Blancs dans l’euphorie partagée d’une victoire en coupe du monde.

Symboliquement, la toute dernière apparition publique de « l’icône mondiale » n’avait pas été réservée à ses compatriotes, mais à l’humanité tout entière: il avait salué la foule le soir de la finale de la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud, en direct devant plusieurs milliards de téléspectateurs.

Son influence dans le monde

« Le pardon libère l’âme, il fait disparaître la peur. C’est pourquoi le pardon est une arme si puissante »: Nelson Mandela avait résumé, en une phrase devenue mythique, la vision du monde et de l’humanité qui a fait de lui le dirigeant le plus populaire du XXe siècle.

De son vivant déjà, le prix Nobel de la paix 1993 était vénéré bien au-delà des frontières de l’Afrique. Pour avoir arraché son pays au régime raciste de l’apartheid, et renoncé à toute vengeance contre la minorité blanche, qui l’avait emprisonné durant vingt-sept longues années.

Qualifié un jour d' »icône mondiale de la réconciliation » par Desmond Tutu, l’une des hautes figures de la lutte anti-apartheid, l’ancien président sud-africain incarnait des valeurs d’autant plus universelles qu’il n’a jamais prôné ni religion ni idéologie. Juste un humanisme à l’africaine, profondément nourri de la culture de son peuple, les Xhosas.

Ni Lénine, ni Gandhi, celui que ses compatriotes appelaient affectueusement « Madiba », de son nom de clan, ne s’est jamais enfermé non plus dans une ascèse révolutionnaire. Jeune homme, il aimait le sport –-il fut boxeur amateur–, les costumes bien taillés, et entretenait joyeusement une réputation de séducteur.

Loin d’assumer un rôle divin, Mandela est au contraire pleinement et absolument humain: l’essence de l’être humain dans tout ce que ce mot devrait, pourrait signifier.

Il a souffert et végété en prison pendant plus d’un tiers de sa vie, pour en sortir sans un mot de vengeance.Il a supporté tout cela, c’est évident, non seulement parce que la liberté de son peuple est son souffle vital, mais parce qu’il est l’un de ces rares êtres pour qui la famille humaine est sa propre famille.

Ses actes, magnifiés par de semblables hommages, ont fini par créer autour de Mandela une sorte de culte qu’il n’a jamais souhaité. « L’un des problèmes qui m’inquiétaient profondément en prison concernait la fausse image que j’avais sans le vouloir projetée dans le monde », dit-il lui-même un jour à un journaliste: « On me considérait comme un saint. Je ne l’ai jamais été. »

« Sauf si vous pensez », ajouta-t-il non sans malice, « qu’un saint est un pécheur qui essaie de s’améliorer ».

Son héritage

L’héritage-clef de Nelson Mandela restera son oeuvre de réconciliation en Afrique du Sud, mission à priori impossible dans une nation déchirée par des décennies d’oppression raciste et où les préjugés séparent encore les communautés.

L’Afrique du Sud de 1990, à la sortie de prison de Nelson Mandela, émergeait de trois siècles et demi de domination par la minorité blanche, dont plus de quarante années d’un système raciste institutionnalisé unique au monde: l’apartheid.

Aidé par le pragmatisme du dernier président de l’apartheid Frederik de Klerk, Mandela y imposa une transition pacifique vers la démocratie.

« Le temps de soigner les blessures est arrivé. Le temps de combler les fossés qui nous séparent est arrivé. Le temps de construire est arrivé », lançait à son investiture, en mai 1994, le premier président démocratiquement élu du pays.

Pour la première fois dans l’histoire, l’ensemble de la majorité noire avait pu voter.

Tout au long de sa présidence, Mandela a multiplié les gestes de pardon, autant pour inspirer la majorité noire que pour rassurer la minorité blanche, encore détentrice des clefs financières et militaires de l’Afrique du Sud.

Il alla rendre visite à l’ancien chef d’Etat Pieter W. Botha et prit le thé chez Betsie Verwoerd, 94 ans, veuve de l’architecte de l’apartheid Hendrik Verwoerd, qui interdit l’ANC en 1960.

Il organisa un banquet pour le départ à la retraite du chef des services secrets de l’apartheid, Niels Barnard, et reçut à déjeuner le procureur du procès de 1963 qui l’envoya à Robben Island, Percy Yutar.

L’image du premier président noir d’Afrique du Sud endossant le maillot de l’équipe nationale des Springboks pour leur victoire à la Coupe du monde de rugby en 1995, épousant la joie des Afrikaners en même temps que leur sport historique, marque pour beaucoup l’apogée de l’euphorie réconciliatrice.

Mandela multiplia les attentions à l’égard de la communauté de près de 5 millions de Blancs, en majorité descendants des premiers colons hollandais et britanniques.

Le premier gouvernement post-apartheid fut éminemment multiracial –Noirs, Blancs, Indiens, Métis–, et aujourd’hui encore, chaque communauté trouve sa représentation.

En 2010, c’est une nation multiraciale qui entonnait lors du Mondial de foot organisé en Afrique du Sud les couplets de l’hymne national, combinant les langues xhosa, zoulou, sotho, afrikaans et anglais.

Pour Mandela, l’événement planétaire fut une consécration, la fête partagée d’un sport longtemps relégué dans les ghettos noirs. Malgré son grand âge, il avait assisté, rayonnant, à la cérémonie de clôture à Johannesburg.

Dans ses écrits, Mandela a révélé combien il avait été inspiré par les palabres de son enfance, par le mode coutumier de règlement des conflits par compromis: « La règle de la majorité était étrangère. La minorité ne devait pas être écrasée par une majorité. » Il a aussi dit que « ses longues années solitaires » de prison avaient nourri sa pensée.

L’axe central de la réconciliation a été la Commission vérité et réconciliation (TRC) créée fin 1995 et présidée par l’archevêque Desmond Tutu, conscience morale de la lutte anti-apartheid.

La TRC, qui entendit plus de 30.000 victimes et bourreaux, proposait le pardon et l’amnistie en échange d’aveux publics. Véritables catharsis, ses auditions ont toutefois laissé des zones d’ombre. Certains ont regretté que les responsables des atrocités de l’apartheid, chef d’Etat, ministres ou chefs de la police et de l’armée, n’aient pas été inquiétés.

Dans le pays que quitte Mandela, les relations raciales restent encore à fleur de peau.

Depuis 2006, les Sud-Africains estiment qu’elles se dégradent, après un mieux au début des années 2000, et les mariages interraciaux restent une exception.

Comme Mandela avertissait lui-même: « La guérison de la nation sud-africaine est un processus, pas un événement particulier. »

Par Guylain Gustave Moke

Analyste Politique/Expert Aux Affaires Africaines

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À propos de Guylain Gustave Moke Munsche Mvula

Journaliste International,Analyste Politique, Guylain Gustave Moke vous invite á partager les Informations politiques credibles et dignes de foi. Parce que le monde n’a jamais changé aussi vite, l’actualité internationale est, chaque jour, plus difficile à décrypter. Les grilles de lecture toutes faites ne suffisent pas. Certains thèmes s’imposent parce que tout le monde en parle. D’autres sujets plus lointains peuvent éclairer les grandes questions du moment. Rien de ce qui nous arrive n’est intelligible sans tenir compte de notre place dans le monde, sans être à l’écoute de la planète. Je vous invite à enrichir notre débat dans un esprit libre et constructif.

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